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| Obs Vs. Freud | Suite |
Envoyé par: F. D. (---.d4.club-internet.fr)
Date: Fri 13 October 2006 08:17:21

On n’a pas encore eu l’objet en main...

Il semble que le dossier “Freud” du Nouvel Observateur paru ce jeudi, à l’occasion de la publication d’un ouvrage à charge, fasse suite à la campagne précédente autour du Livre noir, avec une mise en musique de la même Ursula Gauthier.

Signalant ce dossier aujourd'hui, le chargé de la revue de presse de Télématin (France 2) résumait à sa façon "les vérités révélées" par cette entreprise ("Freud, bourré de tics, impuissant, et peut-être homosexuel. Ce qui implique beaucoup de choses sur sa théorie...").

L’accès aux pages de cet hebdomadaire étant devenu entièrement payant, il ne nous a pas été possible de consulter ce dossier, ni d’en donner un échantillon sur ce forum.

Si un correspondant analyste reçoit ce journal et qu’il veut y faire écho ici...



Re: | Obs Vs. Freud | Suite |
Envoyé par: dana hilliot (---.w86-209.abo.wanadoo)
Date: Fri 13 October 2006 13:32:28

Hé bien, si il suffit de s'en prendre au fondateur d'une discipline poiur la discréditer entièrement, pourquoi ne lit-on pas dans les magazines une présentation du Walden II de monsieur Burrhus Frédéric Skinner, fondateur du behaviorisme et dans une large mesure inspirateur des TCC. Il y aurait en tous cas de quoi faire de belles pages dans le nouvel obs et ailleurs. Bon. Ne nous fourvoyons pas dans ce genre de bassesse.

Vous savez que Freud était mal à l'aise avec les récits tirés de son auto-analyse. Il avait le sentiment de se donner ansi en pâture à ses ennemis. Mais s'il avait décidé de prendre ce risque, c'était au nom de l'avancement de sa discipline. Quand on fait étalage d'une partie de sa vie la plus intime au public, on doit s'attendre à ce que ses ennemis fassent usage de ce matériau pour nourrir des attaques ad hominem. Il le savait mieux que personne.

Mais que signifie reprocher à Freud ses "vulnérabilités" (dont il fit en partie l'aveu), ou à Skinner ses rêves quelque peu délirants (qu'il décrit en détail) ? Quel genre d'homme faudrait-il être pour prétendre exercer une activité thérapeutique ? Un être invulnérable ? Parfaitement rationnel ? un individu sans père ni mère, sans inconscient, un observateur parfaitement détaché des contingences humaines, échappant aux déterminations mêmes qu'il décrit ?

C'est absurde.

Un psychanalyste au contraire (pas moins qu'un behavioriste d'ailleurs) ne peut que tirer partie des difficultés qu'il a recontrées pour lui-même. Devrait-on par exemple être choqué qu'un analyste prenne des antidépresseurs ou un médecin des anxiolytiques ? Qu'un behavioriste ait connu une période d'alcoolisation dans le passé ? Voire même un séjour en psychiatrie (en tant que patient) ?

On touche là évidemment au paradigme dominant scientiste, dont une partie du pouvoir repose sur la croyance à la figure de la blouse blanche parfaitement exclu des contingences humaines, et parfaitement mâitre de lui-même en toutes circonstances. Figure mythique mais efficace si l'on en croit le crédit délirant accordée aux sciences entendues ainsi dans nos sociétés contemporaines occidentales.



Re: | Obs Vs. Freud | Suite |
Envoyé par: Ingrid (---.net-712.magic.fr)
Date: Fri 13 October 2006 16:24:32

Bonjour Dana

Je suis d’accord avec vous quand vous dites qu’un psychanalyste ne peut que tirer partie des difficultés qu'il a rencontrées pour lui-même, et ça fait partie aussi je suppose entre autres du travail qu’il /elle aura fait surlui/elle, mais personnellement, et justement, je me poserai quand même des questions si (j’apprends que) ma psychanalyste prend des antidépresseurs.

Un(e) psychanalyste n’est pas parfait(e), je suis d'accord avec ça, et je pense que c’est aussi pour ça que nous l’aimons…, mais sa vie et intime en tant qu’homme/femme, père/mère, ne nous regarde pas.
Tant qu’il/elle garde bien sa place de psychanalyste avec nous, parce qu’il/elle est censé(e) avoir fait une analyse personnelle.

Amitiés
Ingrid


Re: | Obs Vs. Freud | Suite |
Envoyé par: TL (---.101.98-84.rev.gaoland.net)
Date: Fri 13 October 2006 23:31:22

Si ces mêmes personnes qui critiquent Freud sont les mêmes qui ne veulent pas voir des "maladies" ou des souffrances existencielles, mais seulement des comportements troublés et des conduites déviantes, alors nous pouvons nous interroger sur cette charge qui est fait sur l'homme, Freud. Personnellement, j'y vois là un symptôme, à savoir le refus de l'altérité et plus grave, le rejet du malade... Ce même symptôme amène d'ailleurs "les minorités" à se faire connaître et à revendiquer le droit de ne pas être normalisé, le droit de ne pas passer sous la houlette de ceux qui ne veulent plus voir de "malades". Freud, avec sa plongée dans le pathos, dans l'im-monde, nous donne une bonne leçon d'humilité. L'humilité, c'est ce qui nous manque le plus en ce moment car beaucoup ne veulent plus y mettre les mains...
Les neuro-sciences, avec leurs belles images colorisées, leurs schémas simplistes sur diapos, leurs enseignements propres et humoristiques évacuent ce qui touche finalement à l'insupportable division du sujet.
Ne croyons pas que le rejet de l'Autre concerne uniquement Freud. Par contre, interrogeons-nous sur ce que rejet vient dire, notamment de la proximité de cet Autre. Qui j'ouis bien, châtie bien.



Modifié 1 fois. Dernière modification le 15/10/06 18:34 par oedipe@noos.fr.


Re: | Obs Vs. Freud | Suite |
Envoyé par: Paul (---.fbx.proxad.net)
Date: Sun 15 October 2006 14:18:54

Bonjour,

j'ai acheté le "nouvel obs", pour voir. J'ai vu. J'ai surtout vu des effets d'annonce, du genre "révélations sur la naissance de la psychanalyse", parsemé de mots tels que : "inédit", "secret", "restricted", etc...
Quelques extraits des lettres de Freud à Fliess sont publiées. Rien, par contre, sur ce qui motive la rédaction à choisir tel extrait plutôt que tel autre. Les réponses de Fliess ayant elles-mêmes été détruites par Freud, il ne s'agit donc que de l'extrait d'une correspondance, forcément bancale, puisqu'il y manque le destinataire, celui qui aura su occuper pour Freud cette place tellement essentielle, tellement transférentielle. Comment comprendre véritablement une lettre sans avoir connaissance du contexte tissé par les échanges entre les deux hommes ?
Les extraits du "nouvel obs" sont donc des extraits d'extraits. Rien de fracassant, ni de déjà connu, pas tant dans ces lettres, mais dans la personnalité de Freud : Freud qui tatonne, qui doute, qui avance aussi par "fulguration", Freud qui nourrit une amitié passionnelle, Freud qui déprime, Freud qui se remet fébrilement au travail, la sempiternelle cocaïne, etc...

Par un tour de passe-passe sémantique, ces extraits d'extrait se hissent à la hauteur de "révélations sur la naissance de la psychanalyse", ou en tout cas attirent le chaland de ce côté là. Il y aurait un lieu, magique, intouchable, jalousement gardé, en l'occurence la bibliothèque du congrès américain, où, soyons en sur, se trouve la réponse à la question des origines, celle qui permettrait de savoir quelque chose de la naissance de la psychanalyse, en interrogeant, en regardant même, ce qui pourrait correspondre à l'intimité d'une relation parentale (Freud et Fliess, pour le coup).
Un pas de plus, et nous approcherons, c'est certaint, pas tant du graal, que de la scène primitive. Et on saura. Enfin.
La bibliothèque du congrès, et l'attitude d'Eissler, puis de Masson, et de Krantz, constituent certainement une réalité (matérielle), mais surtout, constitue le noyau de réalité du fantasme permettant régulièrement d'en rajouter une couche (légère cette fois) sur tout cela.

Bien cordialement,

Paul



Re: | Obs Vs. Freud | Suite |
Envoyé par: IGM (---.fbx.proxad.net)
Date: Tue 17 October 2006 20:19:47

Suite au dossier de l'Obs la semaine dernière, une observation:
Madame Ursula Gautier est bien seule à parler de cette parution. Pour la première fois pas un seul psychanalyste, pas un «freudien» ne partage ou ne fait le contrepoint de sa découverte.
Un livre ancien (l'assaut à la vérité de Masson, 1985), paru il y a plus de 20 ans, devient nouveauté pour l'Obs…
Pas une seule référence au bruit que la publication fit à l'époque, en France. Pas plus d'explication cohérente de la difficulté que les droits éditoriaux français de l'œuvre freudienne (Payot, Gallimard, PUF) qui expliquent les raisons, du moins en partie, du retard dans la publication d'une correspondance, dont l'essentiel était déjà paru.
Erik Porge a publié un volume précieux et en français, sur la question du plagiat et les relations Freud-Fließ (Vol d'idées, Denoël, 1994), il ne semble pas être connu par le Nouvel Observateur.
Je crois que l'essentiel de cet événement consiste en ceci que le Nouvel Observateur se déplace de l'observation des mutations sociales qui lui ont conféré sa dignité, vers la production de sensations.
A l'époque du livre noir j'avais parlé de la collusion entre les auteurs de la DSM et les laboratoires pharmaceutiques, la chose fut confirmée par le Figaro par la suite; Laurent Joffrin avait tourné mes propos en dérision en suggérant que j'accusais sa publication.
Moi je trouve très bien que ce dossier ne provoque pas de réactions.

Bien cordialement

IGM


Re: | Obs Vs. Freud | Suite |
Envoyé par: R.Boquien-Thibault (---.net-82-216-220.nantes.rev.numericable.fr)
Date: Wed 18 October 2006 22:01:18

Depuis les années 80,je n'achète ni ne lis le Nouve obs :sans doute l'introduction des pages de la Bourse et l'arrivée des chasseurs de tetes en pages centrales,les pages modes et cadeaux depassant largement les moyens des revenus du meme nom (cf.Le Monde 2) ont-ils eu raison de mon intéret .Mr.Bayrou qui ne peux pourtant pas étre suspecté de marxisme nous en a bien averti:"qui finance qui?-Qui roule pour Qui?".Les démélées actuelles de Libération,en sont une bruyante illustation.Alors,à part La Croix et L'Huma,voyez-vous d'autres journaux qui aient pu rendre compte honnètement et en engageant une reflexion, des débats qui nous agitent (Article 52,évaluation tous azimuths,0 de conduite,controle de la délinquance,mise en carte de l'intime etc...)?


Re: | Obs Vs. Freud | Suite |
Envoyé par: F. D. (---.d4.club-internet.fr)
Date: Tue 6 February 2007 22:15:21

• Ursula Gauthier du Nouvel Observateur assura la promotion du "Livre noir", en coordonnant un dossier «Faut-il en finir avec la psychanalyse?» en septembre 2005. Puis elle proposait des "révélations sur la naissance de la psychanalyse" en octobre dernier...
Dans le numéro de l'hebdomadaire en date du 11 janvier 2007, elle poursuivait dans le même sens en titrant sur "la double vie" de Freud et, au passage, en mettant en cause Elisabeth Roudinesco.
Celle-ci a répondu dans le numéro en date de ce 1er février. Voici ces deux textes:

---
Nouvel Observateur
N°2201
SEMAINE DU JEUDI 11 JANVIER 2007

Sexe, mensonges et libido
La double vie de Sigmund  
Freud n'était pas le monogame pudibond décrit par ses exégètes. Sa théorie de la sexualité s'appuie sur une solide pratique, où sa belle-soeur Minna tient un rôle central

Il l'appelait «mon trésor, ma soeur». Elle était sa belle-soeur, son amie, sa « confidente » qui comprenait si bien son goût pour les théories révolutionnaires et les concepts osés qui faisaient rougir la bourgeoisie viennoise. Cultivée et polyglotte, Minna Bernays apportait à Freud le compagnonnage intellectuel qu'il ne trouvait pas chez sa femme. Tous les biographes reconnaissent qu'elle a joué auprès du maître de Vienne un rôle crucial. Le scoop que vient de dévoiler Franz Maciejewski, sociologue allemand spécialiste du freudisme, c'est que ce rôle fut également sentimental et sexuel.
Le bruit courait depuis belle lurette parmi les proches du patriarche. Jung, le disciple longtemps préféré, décrit son embarras en recevant l'aveu de l'idylle de la bouche de Minna. Restée célibataire après la mort prématurée de son fiancé, la soeur cadette de Martha Freud a vécu quarante-deux ans sous le toit des Freud, traversant chaque soir leur chambre conjugale pour rejoindre la sienne, servant de « deuxième mère » à leurs six enfants. L'été, Sigmund et Minna avaient l'habitude - qui faisait jaser à Vienne - de partir vers des contrées ensoleillées. Les biographes dénombrent une douzaine de ces voyages qui inspireront à Ferenczi, autre disciple bien-aimé, le transparent jeu de mots «de lit à lit en l'Italie» dans une lettre adressée à l'intéressé...

Mais il manquait la preuve nécessaire pour donner corps à ce persistant racontar. Cette preuve, la voilà, datée du 13 août 1898 - leur première escapade commune - sur la page jaunie d'un registre d'hôtel suisse, le Schweizerhaus à Maloja : en face de « chambre 11 » s'étale, de l'écriture heurtée de Freud, « Dr. Sigm. Freud et Mme, Vienne ». Il a 42 ans, elle en a 33, ils partagent la même chambre et se font passer pour mari et femme.
La découverte de Franz Maciejewski, publiée en septembre dans le « Frankfurter Rund-schau », paraît ce mois dans la revue « American Imago » (fondée par Freud en personne peu avant sa mort en 1939). Mettra-t-elle fin à la virulente polémique qui agite depuis vingt-cinq ans le petit monde des Freud Studies ? Peter Swales, un érudit anglais, fut le premier à soulever le lièvre de l'adultère. En 1982, il s'en prend à un célèbre passage de la « Psychopathologie de la vie quotidienne », sur l'oubli du mot latin aliquis, un « lapsus freudien » qui aurait été commis par un inconnu rencontré en voyage. Freud raconte comment, grâce à la fameuse technique des « associations libres », il analyse ce lapsus et finit par découvrir le pot aux roses : le jeune homme redoute une grossesse chez sa compagne de voyage. Swales décortique à son tour une foule d'indices convergents. Il démontre que l'inconnu en question n'est qu'un déguisement transparent sous lequel se cache Freud lui-même, avec Minna dans le rôle de la maîtresse engrossée et contrainte d'envisager un avortement clandestin.

C'était s'attaquer à la sainte légende du pater familias pudibond et strictement monogame tressée par les hagiographes officiels. Pour les héritiers du freudisme, il était vital de ne pas prêter le flanc aux critiques qui attribuaient les théories psychanalytiques aux obsessions sexuelles de leur auteur. D'où le mythe coriace et absurde d'un Freud très tôt débarrassé de tout intérêt pour la bagatelle. L'irrévérence de Swales déclenche l'ire des fidèles. Des volumes sont écrits pour démolir ses travaux. L'historienne Elisabeth Roudinesco brocarde son «délire d'interprétation» et qualifie l'affaire Minna de «fantasme majeur de l'historiographie révisionniste et antifreudienne». Va-t-elle à son tour changer d'avis, comme Peter Gay, le biographe pro-freudien qui, ébranlé par le registre de l'hôtel Schweizerhaus, promet de publier une version corrigée de sa célèbre biographie ?

En quoi les galipettes extraconjugales de Sigmund affectent-elles la validité de ses découvertes, s'offusquent ses thuriféraires ? Pour Peter Swales, l'affaire Minna est en fait révélatrice de toute une série de censures, de distorsions et de travestissements qui entachent la validité de la théorie. Que vaut par exemple l'exercice des « associations libres », maintenant que l'affaire aliquis peut être qualifiée de supercherie ? Et quid du complexe d'OEdipe lui-même, quand on a des raisons de croire que Freud a transgressé l'interdit ? Dans le très éclairant article « inceste » de son Dictionnaire psychanalytique, Elisabeth Roudinesco reconnaît que Freud a «éprouvé ce fameux désir d'inceste» vis-à-vis de «sa soeur chérie» Minna, mais elle conclut : «C'est bien parce qu'il resta toute sa vie un époux fidèle, capable de s'interdire toute transgression sexuelle, qu'il put décortiquer avec une telle force les détails les plus intimes de la vie sexuelle infantile et adulte.» Que reste-t-il de cette « force » à l'heure où le décortiqueur est à son tour décortiqué ?

Ursula Gauthier - Le Nouvel Observateur

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Nouvel Observateur
N°2204
SEMAINE DU JEUDI 1 FÉVRIER 2007

Freud polygame ?
La psychanalyse sur le bûcher  
Sigmund a sans doute vécu une histoire d'amour avec sa belle-soeur Minna*. Faut-il pour autant brûler le freudisme ? L'avis de l'historienne Elisabeth Roudinesco

Le Nouvel Observateur. - La découverte d'une nouvelle archive prouve-t-elle une relation intime entre Freud et sa belle-soeur, Minna Bernays?
Elisabeth Roudinesco. - Le document révélé par le sociologue allemand Franz Maciejewski est une page d'un registre d'hôtel suisse, le Schweizerhaus, à Maloja. Le 13 août 1898, en face de la « chambre 11 », Freud a écrit : « Dr. Sigm. Freud et Mme, Vienne ». En voyage avec Minna, il aurait donc partagé cette nuit-là la chambre de sa belle-soeur en la faisant passer pour son épouse. Il faut replacer cette « preuve » dans son contexte. Minna, la soeur cadette de Martha, est venue vivre avec les Freud en 1896, à la mort de son fiancé. Ce cas de figure était très fréquent dans les familles nombreuses du xixe siècle, où une vieille fille s'occupait du foyer et des enfants.
« Tante Minna » était la seconde mère, elle est restée jusqu'à sa mort sous le toit de Sigmund et de sa soeur. Comme sa femme aimait peu les escapades, Freud avait l'habitude de voyager avec Minna. Ils avaient peu d'argent. Parfois, ils dormaient dans des chambres séparées. Parfois, ils prenaient la même chambre. Cela se faisait beaucoup et ne prouve pas leur idylle. L'archive ne dit pas tout ! Si l'historien ne peut dénier son importance, il n'est pas question de lui attribuer un pouvoir souverain.

N. O.- En déduire une liaison n'est donc qu'un délire d'interprétation?
E. Roudinesco. - Je ne nie pas qu'il y ait des ambiguïtés. Freud a longtemps été attiré par sa belle-soeur. Il n'avait plus de relations sexuelles avec Martha depuis la naissance d'Anna, et les deux femmes se ressemblaient physiquement. Minna était sa confidente, son «trésor», et leur complicité intellectuelle était énorme. Dans leur correspondance, ils expriment une véritable joie à voyager ensemble. Freud raconte toutes leurs péripéties à sa femme, et lui dit : «C'est dommage que tu ne sois pas là.» Pour lui plaire, Minna mettait ses plus belles robes. Mais selon moi, il n'y a pas d'érotisme dans ces lettres.
Freud a toujours eu besoin de présence féminine. Dans son enfance, il était chéri par sa mère et par ses soeurs et il a reproduit l'univers de la maisonnée de son enfance dans sa vie familiale. Malgré tout, il écrit à Martha qu'il est gêné qu'on prenne Minna pour son épouse. Qu'il se sente coupable est évident. De quoi ? Ont-ils eu une liaison ? A-t-il écrit sur le registre « Mme Freud » pour avoir la paix ? Il y a un doute, c'est certain. Mais même si l'on trouvait des preuves irréfutables de relations sexuelles avec sa belle-soeur, déduire de sa vie privée l'invalidité de ses théories est une thèse absolument irrecevable. C'est une méprise historiographique destinée à discréditer la psychanalyse.

N. O.- C'est le retour d'une légende noire de Freud?
E. Roudinesco. - La rumeur de la bigamie de Freud ne date pas d'aujourd'hui. Dès 1957, Jung a manifesté son embarras à un journaliste, John Billinsky, déclarant avoir appris de labouche même de Minna que « Sg » était amoureux d'elle. Les bruits qui circulaient à Vienne se sont amplifiés au fil du temps. De la légende rose de Freud, celle d'un génie sans aspérité, on est passé à la légende noire, qui fait de lui un charlatan, un dissimulateur, un obsédé sexuel avide d'argent et de pouvoir, et de la psychanalyse une fausse science.
Depuis les années 1980, Peter Swales extrapole dans le sens du pire au point d'inventer une grossesse et un avortement de Minna. Selon lui, le monde freudien est un univers occulte dont il faut déjouer les complots. Et il somme tous les chercheurs de réécrire l'histoire de la psychanalyse en fonction de la nouvelle vulgate. Il a même envoyé des laxatifsà une historienne allemande ! Dans le contexte anti-freudien actuel, chaque nouvelle découverte devient donc l'enjeu d'une campagne de presse. Pour ma part, je ne plaide ni coupable ni non coupable. J'attends d'examiner davantage cette archive. Mais ce que je conteste, ce sont les positions puritaines qui clament : Bill Clinton n'est plus capable d'être président s'il a fauté dans la chambre ovale ! Cet impérialisme de la légende noire - comme celui de la légende rose d'ailleurs - est inacceptable.

(*) Voir « le Nouvel Obs » n° 2201 du 11 janvier 2007.

« Pourquoi tant de haine ? Anatomie du Livre noir de la psychanalyse », par Elisabeth Roudinesco, Navarin, 2005.
 
Le lit du délit
Le sociologue Franz Maciejewski a photographié la chambre numéro 11 de l'hôtel Schweizerhaus où ont séjourné Freud et Minna. Le cliché montre des lits très rapprochés l'un de l'autre, preuve supplémentaire, selon le chercheur, d'une relation très intime entre les compagnons de voyage... «Mais en quoi peut-on garantir que la disposition des meubles est la même qu'il y a un siècle?», s'interroge Elisabeth Roudinesco.
 
Léna Mauger - Le Nouvel Observateur

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Les Réactions

DK  le 02.02 à 14 : 03
Brûler le freudisme, mais non voyons, ce n'est pas cela qu'il faut; ce qu'il faut, c'est bûcher le freudisme... Si l'on assimile la théorie freudienne à un descriptif par Freud de son propre être, comment alors ne pas rapporter les théories de ses détracteurs à eux-mêmes, puisqu'au fond c'est leur propre conception de l'homme qui s'affirme dans cette voie de garage?
 
IGM  le 02.02 à 08 : 44
Il me paraît salutaire que Le Nouvel Observateur se décide enfin, à mettre en perspective des informations qui, avec plus d'un siècle de retard, donnent une image plus claire du fondateur de la psychanalyse, de sa fragilité, des ses ambiguïtés, voire de son ambivalence. Notre société paraît demander aujourd'hui des certitudes tranchées sur chacun des débats qui risquent de subvertir les idéaux de la personne. Au point de construire aujourd'hui, la preuve de l'inanité de la psychanalyse, parce que le désir inconscient de son fondateur correspond, lui aussi, à ce qu'il a décrit dans sa métapsychologie! Oui, c'est à ce bord fragile de l'humain que se produit tout autant l'acte créateur que le passage à l'acte obscène! Il ne s'agit pas de boucher cette constatation avec des cris d'orfraie.

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Re: | Obs Vs. Freud | Suite |
Envoyé par: nathalie cappe (---.w83-199.abo.wanadoo.fr)
Date: Thu 8 February 2007 06:42:46

Pour info aux visiteurs de ce fil : d'autres réactions concernant la bio. de Freud sont exprimées sur le fil "Comment castrer les chiens ?"

"Quelque chose qui se répète..." aurait peut-être dit Jacques Lacan :
Il n'est pas interdit de se demander de quoi ces articles à répétition du Nouvel Obs sur la psychanalyse sont-ils le symptôme... Car le simple argument de l'opportunisme et du commerce ( : un livre paraît, et hop on en fait un article) ne me suffit pas..: car les article pourraient adopter un tout autre angle...
So wath ?
Est-ce la dégradation de la formation journalistique, qui autoriserait plus la polémique perverse et vide que la vraie information, et l'analyse rigoureuse ?
Sont-ce des recrutements par copinages, qui autoriseraient plus l'incompétence que le vrai journalisme honnête d'investigation ?
Présupposé d'un lectorat (de gauche ?) à priori hostile au divan, auquel il est servi cette soupe d'ignorance et de pseudo-critique ? Soupe qui n'est en fait que du "prêt-à-penser" insipide, mais malheureusement manipulateur...?
Ou est-ce une question de profession : Informer le public est-il antithètique avec l'idée de l'inconscient ? Symptôme du ricanement et de la moquerie : mais de quoi se vengent donc les responsables du Nouvel Obs ? En quoi l'idée freudienne vient-elle les mettre plus particulièrement en "danger", au point de produire ces numéros "anti-freud" à répétition ?
Cordialement. Nathalie C.




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