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psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: dana hilliot (---.w90-10.abo.wanadoo.)
Date: Mon 9 October 2006 14:25:35

Bonjour à tous.

Je me permets de vous soumettre ce texte dont le lien est noté en bas de ce message. Il a pour sujet donc la manière dont la psychanalyse s'arrange ou pas avec la question de la pauvreté. Cette question, pour des raisons qui tiennent à ma propre histoire psychanalytique, m'intéresse particulièrement.

Je sais qu'elle a été abordée sous un biais ou sous un autre de nombreuses fois sur ce forum : je veux juste apporter quelques propositions ou formulations.

Je propose de dégager deux grandes manières, pas incompatibles d'ailleurs, de poser le problème.

Ou bien on le pose dans le cade de la langue et de la pratique psychanalytique - et on fera appel alors à des arguments pour ainsi dire internes aux cercles des personnes intéressées par la psychanalyse, en abordant le problème technique et théorique du paiement à l'issue de la séance, en interrogeant la motivation de l'analysant, en réfléchissant à la pertinence ou l'impertinence d'une prise en charge collective ou institutionnelle du coût de l'analyse, en décrivant les arrangements que tel ou tel psychanalyste s'autorise avec la pratique pour accueillir malgré tout celui qui ne peut pas payer, etc. Tout cela a fait l'objet d'une foule de discussions, je n'y reviens pas.

Ou bien, on transporte le problème hors du cadre de la psychanalyse, en considérant que la question de la difficulté que rencontrent les pauvres à accéder à la psychanalyse doit être replacée dans le contexte plus large, pour ainsi dire social et politique, des difficultés de la vie des pauvres en général. Ce faisant, si on sait éviter les deux écueils du cynisme et de l'apitoiement - qui tous deux ont leurs raisons n'en doutons pas -, on devra bien aborder de front la question de la place de la psychanalyse dans la cité, ou du rôle qu'elle "devrait" jouer, si toutefois on admet qu'elle doivent jouer un tel rôle. Que signifie jouer un rôle politique ? C'est faire des propositions, prendre part aux discussions, tenter de se faire entendre des collectifs. Je crois à titre personnel, que le savoir psychanalytique peut et devrait participer au débat sur le "traitement social de la pauvreté" (expression horrible je vous l'accorde, mais l'euphémiser serait hypocrite). Il existe un risque théorique à s'afficher ainsi : confronter sa théorie avec d'autre théories, des pratiques avec d'autres pratiques, ça met forcément en péril l'intégrité et la cohérence interne de chaque théorie : peut-être le prix à payer pour la psychanalyse est-il trop grand ?

Convenons toutefois d'une chose si vous le voulez bien : les descriptions de la pauvreté pertinentes qu'on pouvait produire à l'époque de Freud et même de Lacan doivent être corrigées si tant est que l'on souhaite coller à peu près à la réalité sociale contemporaine. On rencontre de plus en plus souvent des pauvres cultivés, diplômés, qui, pour des raisons qui relèvent à la fois des règles propres au jeu de la compétition sociale et de leur histoire personnelle, ne parviennent pas à jouer jusqu'au bout ce jeu là, ne semblent pas en mesure de se donner les moyens de se procurer un revenu correct - c'est-à-dire dans le cas qui nous occupe : suffisamment correct pour prétendre se payer une analyse. Que la psychanalyse ne s'adresse pas à n'importe qui, je peux l'admettre, même si je ne suis pas certain que cette proposition ait du sens. En déduire, comme on l'entend parfois, que ceux qui ne peuvent pas se payer une analyse ne constituent pas une "bonne indication d'analyse", c'est, sous le couvert d'un savoir en vérité "irréfutable" (et donc : "pseudo -scientifique" comme le disait Popper, qui n'a somme toute pas si tort que ça), se laver les mains ou se voiler la face, c'est-à-dire ignorer la pauvreté.

Voici donc le texte, ou du moins le lien vers le texte que je voulais vous soumettre :

[danahilliot.wordpress.com]


Re: psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: (---.fbx.proxad.net)
Date: Sat 21 October 2006 10:05:39

Un livre qui pourrait vous intéresser : "Les intellos précaires", Anne et Marine Rambach, Fayard,2001.


Re: psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: danahilliot (---.w83-205.abo.wanadoo)
Date: Mon 23 October 2006 15:23:05

Merci. J'ai feuilleté ce livre, mais je n'aime pas du tout cette "catégorie" d'intellos précaire.


Re: psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: IGM (---.fbx.proxad.net)
Date: Thu 26 October 2006 11:54:44

Chère Madame,
Les psychanalystes ne se groupent que pour constater l'impossibilité de leur "commune mesure". Ils ont à faire avec le lien social mais, quels que soient les «contacts», les «groupements» et les «associations», ils échouent toujours à partager un rapport à l'initiation: ils s'initient à ce savoir qui consiste en ceci qu'il n'y a pas d'initiation.

Dès lors, dans la cité, il n'est, à mon avis, que des "analysants" et les prises de position des "groupements psychanalytiques" —même Œdipe groupe aux moments de crise en pensant qu'il ne le fait pas— sont récupérées en termes de rapports de forces: les groupements psychanalytiques permettent d'améliorer et d'affiner les ressources des adversaires de la psychanalyse.

La cure psychanalytiques est autre chose, et son expérience aboutit à «perte» et à «déprise», apauvrissement des atours donc.

La possibilité de la cure repose sur le transfert, soit cette relation singulière qui se noue entre un analysant et un analyste: il est indispensable que l'analysant préserve la dignité de sa parole, soit son prix, et toute concession sur la représentation symbolique de cette dignité (soit l'argent le plus souvent), devrait tenir compte à mon sens, des pièges du désir dans la demande qui préside au transfert.

L'argent est un lien transférentiel qui délie de la demande d'amour et il est difficile de parvenir à faire sans cette médiation, mais non impossible; cela dépend, me semble-t-il, de l'analyse de l'analyste.

Réduire la pauvrété à la condition économique me paraît une erreur, et je puis vous assurer que les moins riches de mes analysants sont ceux qui font preuve du meilleur discernement économique.

La vraie pauvreté est celle qui vous conduit au désir d'avoir un désir et à y échouer parfois. Certes, la faiblesse de moyens économiques y contribue, mais il m'est arrivé de ne pas parvenir à ouvrir quelqu'un —par ma position dans la cure— à la demande d'analyse, alors que, jamais, il m'est arrivé d'échouer à trouver l'arrangement symbolique qui convient pour donner un prix à la parole durant les séances.

Bien cordialement

IGM


Re: psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: Gabrielle (84.6.38.---)
Date: Fri 27 October 2006 17:54:50

Monsieur Garcia Martinez,

Là, vous me décevez. Je crois entendre 'bienheureux les pauvres ... d'esprit", ramené à "bienheureux les pauvres".

Vous dites:
...
"La cure psychanalytique est autre chose, et son expérience aboutit à «perte» et à «déprise», appauvrissement des atours donc.
...
Réduire la pauvreté à la condition économique me paraît une erreur, et je puis vous assurer que les moins riches de mes analysants sont ceux qui font preuve du meilleur discernement économique.
..."

Quelle est la proportion de citoyens pauvres (vous parlez de la cité, et appelons un chat un chat) qui font ou ont fait une analyse ? En y ajoutant ceux qui font, pour une raison ou une autre, "voeu de pauvreté", elle doit rester infime. C'est de ceux-là dont vous parlez.

Je me vois bien, si j'étais psychanalyste, dire ce que vous dites. Mais je ne suis pas dans cette intimité-là.

Vous me faites penser au pape (l'entité...), loin des préoccupations du commun des mortels, qui reste persuadé que son rôle est de rappeler "le message", du haut de sa tour. Il a peut-être raison, mais pendant ce temps les fidèles galèrent, et en ont marre d'espérer vainement du soutien.

N'en concluez pas que je suis dans une chapelle quelconque, vous avez dans doute compris que je suis effectivement passée par la religion et la psychanalyse.

Très cordialement quand même,

Gabrielle





Re: psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: dana (---.w90-10.abo.wanadoo.f)
Date: Fri 27 October 2006 19:08:13

Chère Madame ou cher Monsieur IGM

Votre message ne fait qu'illustrer ce que j'ai écris concernant un certain discours dit par des psychanalystes (ou des analysants si vous voulez) qui ne daigne pas considérer l'idée qu'à un moment il serait peut-être opportun d'avoir son mot à dire à ceux qui causent autrement (dans un autre vocabulaire).

C'est grâce à ce genre d'entourloupe que des critiques plus ou moins pertinentes peuvent pourrir sans aucun effort l'image de la psychanalyse dans l'opinion et ailleurs.

Votre opinion concernant ce que serait la "vraie" pauvreté s'aligne tout à fait sur les styles de discours qui ont suscité mon texte. ne serait-ce que parce que vous prétendez à dire le vrai en cette affaire, bien qu'ayant préalablement précisé qu'au niveau de la cité vous n'étiez pas plus ni moins informés qu'un analysant : sauf que ça ne vous gène pas de dire que la "vraie" pauvreté est "celle qui conduit au désir d'avoir un désir et à y échouer parfois". Je veux bien qu'on dise les choses ainsi, et c'est intéressant. dans un séminaire, ou un cartel, ou lors d'une conversation avec des personnes qui partagent notre vocabulaire, ça fait même son petit effet : on j'en tomberai aisément d'accord.

Hors de ce cercle par contre..
(Pour autant qu'on admette qu'il y ait un "hors de" la psychanalyse.)



Re: psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: (---.ppp.tiscali.fr)
Date: Fri 27 October 2006 19:36:13

A IGM

Votre profession de foi dans "le prix", en argent comptant, supposé vecteur essentiellement salvateur de la parole... me laisse dubitative.

Notamment en raison du contexte auquel nous avons affaire, de très grave récession économique et sociale.

Qui plus est : un contexte symboliquement régi par le signifiant économique, devant lequel toute parole et toutes espèces de sens tendent à s'effacer.

Cordialement.

Véronique Hervouët




Re: psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: didier.kuntz@club-internet.fr (---.d4.club-internet.fr)
Date: Sat 28 October 2006 07:05:49

Pauvreté

Je vais vous retourner la question sous cette forme: celle de savoir comment la pauvreté s'arrange ou pas avec la psychanalyse.

Les tentatives de normalisations passent aussi par cette voie qui consiste à faire de la pauvreté non pas un fait à prendre en considération mais un symptôme; si vous voulez bien admettre que "la" psychanalyse ne dit pas du tout massivement que ce serait bien le cas, il vous apparaîtra que pour un psychanalyste elle ne soit en rien une catégorie distinctive qui induise une différence dans le traitement d'une demande d'analyse émanant soit d'un pauvre, soit d'un non-pauvre.

Dans l'article auquel vous nous renvoyez, Madame, et qui est bien intéressant à plus d'un égard, il semble bien tout de même que son développement repose sur une plus ou moins grande assimilation de la pauvreté à la psychose, ou du moins d'une certaine convergence, qu'on observe certainement plus de la position du psychiatre que de celle du psychanalyste; donc, considérée soit comme cause soit comme conséquence de la souffrance psychique, la pauvreté se voit remise dans les mains du psychiste dont on attend qu'il se défausse de toute écoute flottante pour résoudre la pauvreté en même temps que la souffrance, -et tant pis pour le sujet, qui, et voilà, reste en souffrance, lui. Le sujet, ce n'est tout de même pas la chose dont on fait le citoyen pour qu'il rentre dans les chiffres. La différence d'abord du psychanalyste, la voici dont ainsi posée de manière forcément bancale par rapport à votre question.

Ce qui induit il est vrai un certain flottement; comment le signifiant "pauvreté" induit-il des modifications de la demande d'analyse selon la diversité de manière dont un sujet s'en accable? On pourrait tout autant poser la question sous cette forme; pour mettre en évidence le fait suivant, qui inclut un certain scandale: de demande d'analyse, encore faut-il reconnaître qu'il y en a, ou pas; rien de ce que je connais ne me permet d'avancer que la pauvreté conditionne que la demande soit, ou non.

Je n'ai pas constaté en tout cas qu'elle soit, la pauvreté, un motif de refus de la part de psychanalystes de s'impliquer dans une cure.

En somme, il y a bien une faible proportion de gens qui s'adressent aux psychanalystes, et de grandes forces coalisées pour les réduire au silence, et surtout, à l'insignifiance. Les psychanalystes sont peu nombreux, il me paraît difficile de leur attribuer la responsabilité du maintien des clivages psychiques dans la société.

Cordialement,

Didier Kuntz


Re: psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: Mireille Garcia (---.adsl.proxad.net)
Date: Sun 29 October 2006 08:54:34

Tout à fait d'accord avec IGM.

"Que la psychanalyse ne s'adresse pas à n'importe qui, je peux l'admettre"

>>> La psychanalyse s'adresse à tous ceux qui font appel à elle.

"En déduire, comme on l'entend parfois, que ceux qui ne peuvent pas se payer une analyse ne constituent pas une "bonne indication d'analyse","

>>> Mais grand dieu qui a sorti une énormité pareille? Un psychanalyste? Je ne le crois pas.
Moi qui travaille en bénévole pour une association qui intervient auprès des personnes défavorisées, je peux affirmer que cette vision de la psychanalyse élitiste et monstrueusement créancière est largement faussée: il est même possible de donner des séances à un euro à des personnes qui n'ont pas de toit pour vivre. Cela, sans contredire la déontologie et tout en respectant le principe de la dette symbolique. Un psychanalyste s'adapte aux possibilités de l'individu qui fait appel à lui.

Evidemment, au regard des lourdes charges imposées par l'URSSAF, le psychanalyste n'a pas le loisir de ne dispenser que de ce type de séances, mais il peut le faire en sus de son travail nécessaire. C'est ce que nous faisons dans notre association.

Quand finira-t-on par tordre le cou aux vieux démons du XIXème siècle?
Cela m'exaspère doucement, les a priori généralistes sur une profession qui compte autant de courants variés que d'individus dissemblables.

Se renseigner avant de répendre ce genre d'inepties demeure la meilleure solution.


Misère du psychanalyste…Re: psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: Bonnet (82.66.125.---)
Date: Sun 29 October 2006 15:00:39

Bien que j'abonde dans le sens de ce que dit IGM et de SA pratique.
Je voudrais souligner ce "prix" à donner à la parole et à la préservation de sa dignité: soit que sa ou la parole n'est pas de la merde.

La parole n'est pas de la merde, ça veut dire que énonciation n'est pas défécation? Parler n'est pas chier mais cher. Létron et lettre n'ont de rapport que d'homophonie ? Accepter de perdre un peu de sa merde au profit d'un autre qui la ramasse, c'est accepter (en français) de perdre i au profit de e, soit d'assécher la pronociation de la voyelle en disant assez chier.
Mais la pauvreté, c'est toujours d'abord celle du corps à la merci de la nature, de son humidité. Une amie travaillait avec les pauvres de Suisse (autour de Genève) qui vivent dans la forêt. Ce sont les plus pauvres (démunis?) de toute l'Europe paraît-il.Toute la journée débutait sur comment gérer la défécation. Il faut dire que les Suisses ont un certain rapport à la propreté. Ils ont des banques pour ça. Question identitaire? Une fois ce sujet réglé, on pouvait commencer à penser (panser) le reste (le reste hors défécation), à partir donc d'une certaine dignité. C'est à dire à partir d'une certaine décence, décorum (étymo. de dignité).
Ma question est celle de l'analyse: peut-on accepter qu'un autre fasse son beurre, sur mon Q… i? Qui a parlé de misère… celle du psychanalyste, bien entendu.
J'engage le pari d'un deniers tango.



Re: psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: Ingrid (---.12.103-84.rev.gaoland.net)
Date: Sun 29 October 2006 20:15:51

Gabrielle Ecrivait:
-------------------------------------------------------
> Quelle est la proportion de citoyens pauvres (vous
> parlez de la cité, et appelons un chat un chat)
> qui font ou ont fait une analyse ? En y ajoutant
> ceux qui font, pour une raison ou une autre, "voeu
> de pauvreté", elle doit rester infime. C'est de
> ceux-là dont vous parlez.
>


Bonsoir Gabrielle

Je voudrais apporter mon témoignage pour dire que personnellement je paye ma psychanalyste et j’y tiens.
Et pourtant si je regarde et que je calcule en partant de mon salaire, et que je déduis déjà mon loyer, puis ce que me coûte ma psychanalyse, je ne peux pas financièrement pour le reste.

Tout ça pour dire que ça ne suffit pas, je crois, que d’avoir les moyens financiers pour faire une psychanalyse et ça n’est pas réservé qu’aux riches.

Amitiés, Ingrid





Re: psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: dana hilliot (---.w90-10.abo.wanadoo.)
Date: Mon 30 October 2006 12:11:31

Bon.
Merci à tous d'avoir fait part de vos réactions.

Je n'ai pas été assez clair concernant ce que j'y entendais par "pauvre" et par "pauvreté" : j'avais choisi de prendre la description donnée par l'Union Européenne du "seuil de pauvreté" : disons qu'un certain nombre d'économistes, de sociologues, de politiques, se sont entendus pour déterminer un tel seuil (autour de 600 euros par mois en France actuellement, c'est-à-dire comme je l'ai rappelé dans le texte, l'équivalent du rmi + les allocations logement à taux plein). Cette description vaut ce qu'elle vaut, on peut en choisir une autre : par exemple : "La vraie pauvreté est celle qui vous conduit au désir d'avoir un désir et à y échouer parfois." (pour citer IGM). Mais alors, manifestement, on risque de s'engager dans un dialogue de sourds. Parce que les uns et les autres ne parlent pas de de la même chose (pour autant bien sûr qu'on puisse stricto sensu parler de la "même chose" : à tout le moins peut-on essayer de parler "approximativement" de la même chose).

Mon propos n'était pas de relancer une énième fois la question du prix de l'analyse. Mais d'essayer de voir si la psychanalyse avait quelque chose à dire au politique. Certains psychanalystes considèrent qu'en tant qu'analyste, ils n'ont rien à dire de particulier au collectif. D'autres au contraire pensent qu'il est urgent que le discours psychanalyste daigne apporter sa pierre à la discussion démocratique. Pourquoi urgent ? J'ai renvoyé au livre de Coupechoux, Un monde de fous, qui dit assez bien comment les "thérapies" de/par la parole sont de moins en moins prises en compte par le politique, et notamment quand on s'adresse aux personnes en situation de détresse sociale. Ce n'est pas nouveau, Bonaffé, Oury et bien d'autres ont tiré la sonette d'alarme depuis longtemps.

Pour que la psychanalyse, si on le souhaite, puisse s'inviter à la discussion politique, il faut me semble-t-il dépasser (autant que possible) l'écueil de la spécialisation du vocabulaire. J'entends par "vocabulaire" (j'emprunte ce genre de description à une certaine philosophie du langage) un ensemble de discours, pratiques, sentiments, valeurs, bref, tout ce que le signifiant psychanalyse charrie d'autres signifiants - l'ensemble formant un vocabulaire dont les frontières sont mouvantes au gré des locuteurs, des cultures, de l'histoire etc. Or, le vocabulaire ou plutôt les vocabulaires psychanalytiques, sont d'une complexité extrême - pas tellement à cause du recours fréquent aux néologismes ou autres jeux de langage - mais parce que le ciment qui tient ensemble ces signifiants, c'est-à-dire la clinique, la pratique, suscite une telle complexité. Quand j'ouvre tour à tour un livre écrit par un psychanalyste, par exemple Jean-Pierre Chartier, Introduction à la technique psychanalytique, puis par exemple un livre tel que Frédéric Fanget : Oser, thérapie de la confiance de soi, ou le Guide clinique de thérapie comportementale et cognitive de Ovide et Philippe Fontaine, et si je m'en tiens à une lecture superficielle et naïve, comment ne pas s'étonner de la différence entre ces volumes ? Je parle de la différence de style, des efforts que la lecture requiert, de la complexité des vocabulaires qu'ils constituent. (je garde pour moi ce que je pense vraiment de cette différence - mais disons que le livre de Jean-Pierre Chartier est un de mes livres de chevet).

La complexité et la pluralité de la psychanalyse fait justement sa richesse, et d'une certaine manière la légitime en tant qu'art (je préfère dire "art" plutôt que "savoir" ou "science"). Le problème que je pose ici, c'est la manière dont cette pluralité et cette complexité peuvent servir au politique, c'est-à-dire se manifester sous la forme de propositions intelligibles par les collectifs. Ce n'est pas que les collectifs soient stupides, mais qu'ils sont sous le feux de multiples propositions et donc de multiples vocabulaires, par exemple dans le champ qui nous occupe, celui de la dite "santé mentale" (je ne sais pas bien ce que veut dire ce terme mais disons qu'on l'entend dire), s'entrecroisent des vocabulaires aussi différents que ceux des neurosciences, des sciences cognitives, des psychothérapies diverses et variées, sans parler des intérêts politiques, économiques, etc. Bon d'accord, ça ne fait pas forcément envie d'aller se frotter à un tel brouhaha. Mais ou bien on laisse ces discussions se dérouler sans les psychanalystes (et après on pourra se plaindre (?) de ce que les thérapies de la parole aient disparu complètement du champ de la santé mentale) ou bien on s'y frotte, ce que font un certain nombre de psychiatres formés à la psychanalyse, et on avance avec des propositions.

Si on fait cela, on doit s'attendre à rencontrer un sérieux problème de traduction, pour les raisons que je viens de signaler : déjà qu'il n'est pas facile de lire parallèlement Lacan et Winnicott (ça demande pour le moins un effort d'ajustement si on veut réellement prendre au sérieux ce que les deux racontent)...

Il faut faire au minimum des compromis : accepter provisoirement quelques signifiants communs. Quoiqu'on en pense de la description économique et politique du seuil de pauvreté par exemple, on peut néanmoins essayer de partir de là, au moins à titre provisoire. Si on tient au contraire à préserver une définition comme celle donnée par IGM : "La vraie pauvreté est celle qui vous conduit au désir d'avoir un désir et à y échouer parfois", je crains qu'on se heurte à de l'intraduisible. Je ne suis pas un idéaliste de la traduction : je crois que ce que nous appelons "traduction" est un compromis pragramatique, un signifiant auquel nous donnons notre assentiment de manière provisoire pour rendre possible une discussion (là encore je suis marqué par les leçons de la philosophie du langage dans la lignée de Wittgenstein, Goodman, Austin, Quine et consorts).

Évidemment, si l'on considère a priori que le rôle de la psychanalyse doit se limiter à la sphère de "l'intime", du "singulier" ou d'une association de psychanalystes, ou d'analysants, ou de ce que vous voudrez, d'un "dedans" dont il y aurait un pendant - le "dehors" (le politique), tout ce que je dis là n'a aucun sens. Ce que je comprends fort bien. mais je ne m'adressais pas à ceux-là.

[ps : je voulais juste préciser que je ne suis pas une "Madame", le prénom Dana étant aussi bien dans le monde anglo-saxon un prénom masculin. Le personnage dont j'ai emprunté le nom en guise de pseudonyme est le héros d'un livre de malcolm Lowry. Et c'est un garçon.]



Re: psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: Marc Bonnet (---.fbx.proxad.net)
Date: Mon 30 October 2006 17:16:44

Livrer en VRAC à l'étalage, faîtes vot'choix:
Il faut pourtant bien parler d'économie quand on parle de pauvreté.
Economie, c'est bien le sujet…: dit, visé. Faut bien que ça dépense pour que ça profite, jouisse un peu. Un peu de quoi d'ailleurs? De la vie. Profiter d'la vie: Du soleil, de l'eau, de ses fruits, de ce qui est donné en excés du décés. Soit un corps qui sait dire que la vie n'a qu'un temps (Et que c'est ça qui la rend belle?).
Mais là, même plus l'temps de ce plus de dire. Il y aurait des exclus de ce profit, de ce plus-de-jouir, qui n'y accéderaient même pas.
La faute à qui? Là on reste sur le Q… à eux qui ne produisent… rien.
Rien?
La pauvreté c'est le rien dont on n'a pas besoin. Exclu.
On a besoin de rien.

Mais non!— dit l'économie d'marché ou crève.
Et le psy. lui s'en fout… plein les poches de cette vérité l'ignorer.
Vous voyez pas qu'ils s'en foutent qu'on est besoin de rien.


Re: psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: Da'ad de Gunzbourg (---.fbx.proxad.net)
Date: Tue 31 October 2006 17:33:30

Bonjour,

Monsieur X dispose de 500 euros par mois, par chance il ne paie pas de loyer. Ses deux séances par semaine lui coûtent 20 euros, soit 80 euros.

Madame Y gagne 5000 euros par mois. Ses deux séances par semaine lui coûtent 140 euros, soit 560 euros. Les fins de mois de Madame Y sont parfois difficiles.

Mademoiselle Z, suite à un accident de vie, ne dispose d'aucun argent. Elle est en dette avec son psychanalyste depuis un an. Ses deux séances par semaine lui coûtent: "On verra bien quel sera votre salaire..."

Monsieur V gagne 1600 euros par mois. Sa séance hebdomadaire lui coûte 40 euros. Etc.

Voici me, semble-t-il, l'ordinaire du psychanalyste. En attendant, Monsieur X a renoncé à manger de la viande, Madame Y a renoncé a l'achat d'un sac Rykiel avant de toucher ses treizième et quatorzième mois, Mademoiselle Z pense à sa dette et s'efforce de ne pas renoncer à la vie, Monsieur V a renoncé a une deuxième séance
(même à 30 euros), histoire de ne pas renoncer ?

Qui, de X, Y, Z ou V paie son analyse le plus cher ?

Très cordialement,

Da'ad de Gunzbourg



Re: psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: (---.ppp.tiscali.fr)
Date: Wed 1 November 2006 14:23:30

A lire la plupart des prestataires de la psychanalyse, il semblerait que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes régi par le signifiant monétaire.

Encore faudrait-il que le psychanalyste soit un saint (ce qui est sans doute un voeu de Lacan, mais qu'il a reconnu, non sans regret, être de l'ordre de l'idéal plus que d'une réalité).

Il faudrait en effet que le psychanalyste soit un saint pour qu'il n'accorde strictement aucune valeur à l'investissement monétaire de ses analysants, alors même que celui-ci se spécifie de se compter, à savoir de se qualifier sur le mode quantitatif.

Si l'investissement des analysants, quel que soit leur quantum, est effectivement identique en ceci qu'il représente pour chacun, dans sa différence, le même "sacrifice économique" (selon l'exemple édifiant proposé par M.de Gunzburg), en est-il pour autant exactement de même pour "le" psychanalyste ?

Le sens commun ayant été très généralement perverti par le signifiant monétaire, le psychanalyste (réputé sensible sur le plan narcissique et donc à la dialectique de la réussite indexée à celle des biens qui prévaut narcissiquement dans le champ social), à l'instar de ses analysants comme de tous les malheureux atomes de la société de marché de masses, se trouve tendanciellement pris dans cette mâchoire de fer, sonnante et trébuchante, qui exerce électivement ses effets délétères sur les processus identitaires, de reconnaissance et d'appréciation.

De cette indexation de "l'être" et de "l'avoir" au signifiant chiffré, monétaire, rendent compte ces deux sentences descendues de "l'élite" jusque dans le langage populaire:

"Dis-moi combien tu gagnes, je te dirai qui tu es" et "On n'en a que pour son argent".

Comment se sortir de là, psychanalytiquement parlant ? Certainement pas en faisant la sourde oreille.

Cordialement.

Véronique Hervouët



Re: psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: dana hilliot (---.w90-10.abo.wanadoo.)
Date: Wed 1 November 2006 16:25:23

Ce qui me surprend dans cette "discussion" (les guillemets s'imposent) :
Je m'efforçais non sans maladresse de dessiner un champ possible d'une "politique pour la psychanalyse" (puisque tel est l'intitulé de ce forum).

En écrivant "psychanalyse et pauvreté", j'avais dans l'idée (et c'est ce que j'ai essayé de raconter dans mes brèves contributions) qu'il y a une autre manière de nourrir cette proposition, une autre manière que celle qui consiste à ratiociner sur le coût et le prix d'une séance (ratiociner n'est pas dans mon esprit péjoratif - je doute que nous puissions faire beaucoup mieux que cela sur un forum internet)

Or... jusqu'à présent, les messages se succèdent qui concernent manifestement le prix et le coût...

Comme si de la coordination proposée de ces deux mots : "psychanalyse" et "pauvreté", la psychanalyse ne pouvait répondre que de ce point de vue là. Je ne peux m'empêcher de penser que cela a peut-être un rapport avec un certain évitement de la proposition.

Ce que j'essaie (manifestement maladroitement) de dire, c'est qu'il y aurait une autre manière de réfléchir à cette proposition en mettant entre parenthèse le point de vue psychanalytico-psychanalytique, ce qui suppose qu'on accepte de prendre en compte la pertinence d'autres types de descriptions, d'autres vocabulaires, qui prennent pour objet la "pauvreté", qui en disent quelque chose, et voir si nous, psychanalystes, avons quelque chose à dire dans ce débat (car il y a de fait débat entre une pluralité de descriptions). Ce que nous aurions à en dire n'est pas forcément relatif à ce que nous, psychanalystes, faisons. La plupart d'entre nous faisons ce que nous pouvons. Mais il me semble que nous pourrions apporter des remarques critiques que les descriptions souvent implicites qui soutiennent les politiques d'aides sociales par exempe (ou de désaide sociale), sur les catégories sociologiques, économiques, politiques, qui sous-tendent les débats, sur les logiques en oeuvre. On pourrait même apporter des descriptions plus fines que celles qui ont cours sur le marché de la dite pauvreté. La clinique des psychoses nous a appris bien des choses sur la capacité réelle des personnes à s'arranger avec la réalité (et particulièrement le monde du travail) : les discours volontaristes qui accablent les politiques sociales dans certaines perspectives politiques ("quand on veut on peut", sous entendu : quand on n'a pas de travail, c'est qu'on est paresseux etc.) reposent sur un déni du sujet, nous le savons mieux que personne, et nous entendons dans nos cabinets les effets de ces stigmatisations délirantes. je ne compte pas sur les théories comportementales et cognitives pour faire entendre la voix du sujet accablé par les délires volontaristes smiling smiley pas plus que sur les neurosciences (quoique...) N'aurions-nous pas un mot à dire là dessus ?

C'était là le but de ma proposition (coller ensemble ces deux signifiants : psychanalyse et pauvreté) et pas d'enclencher une énième causerie sur le prix et le coût etc...







Re: psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: Da'ad de Gunzbourg (---.fbx.proxad.net)
Date: Thu 2 November 2006 08:24:21

Bonjour,

Nous ne sommes pas des saints, je ne suis pas une sainte, c'est vrai. Il faut que le/la psychanalyste mange, paye les charges sociales, parte en vacancec, etc.

L'envers de ce sujet serait sans doute la paupérisation ( discrète ou criante, c'est selon ) de la profession de psychanalyste.

Très cordialement,

Da'ad de Gunzbourg


Re: psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: Marc Bonnet (---.fbx.proxad.net)
Date: Thu 2 November 2006 10:40:00

Dana, vous dîtes, c'est curieux, le rapprochement entre "psychanalyse et pauvreté" enclenche, une "discussion" sur les coûts d'une analyse. Mais il s'agit, quand même bien de cela, de l'accès à une analyse, d'un "soin". Comment peut-on désolidariser cette question de cette proposition? Le discours du psychanalyste (son efficace) n'a qu'à ignorer le discours du capitaliste. Ne voit-on pas dans le corporatisme réactif vis à vis des initiatives de l'Etat actuel, qu'à l'ignorer il se le prend en pleine gueule. Mais il crie (le psy, personnage fictif) au loup, mais ne se serait-il pas endormi le beau berger sur ce que font les loups depuis longtemps au troupeau, jusqu'à finalement vouloir le mordre lui aussi pour s'assurer une main mise plus radical sur le troupeau!
je reprends cette phrase programme de Lacan: "C'est pourquoi on a bien raison de mettre la psychanalyse au chef de la politique.
Et ceci pourrait n’être pas de tout repos pour ce qui est de la politique et pour tout ce qui s'y fait,
si la psychanalyse s'avérait plus avertie."
"La sortie du discours capitaliste… Ca ne constitura pas un progrés si ça n'est que pour quelques uns"

Ca a un prix aussi ce genre de discours devant le collectif, le nombre.

J'attends… qu'est-ce que ça veut dire? Subversive la psychanalyse ou normative, ou complice? Et pourquoi les psy. n'iraient-ils pas déchariter en premier contre le Capitalisme? Trouille ou Enigme? "Je veux pas savoir" jusqu'où? Les bons apôtres mais pas martyrs!

Il y a des pauvres, des pauvres: littéralement, qui produisent peu.
Donc, qui n'auraient pas accés à la dépense en plus?
Mais ça les regarde!!!
"Ils t'enleveront même le peu que tu as."
Mais ça les regarde!!!

Avoir? Avoir de l'argent pour s'acheter l'objet, participer du lien social de plus en plus viril?
Vous devriez tous relire "le talon de fer" ou Hannah Arendt. Si vous croyez que vous allez y échapper.Toc Toc Toc on frappe à votre porte… sans doute avant de l'enfoncer, à moins que vous ne continuiez à dormir, dormir, dormir bien sagement.
Moi je dis "psychanalyse et pauvreté", pourquoi ce "et"?


Re: psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: Marc Bonnet (---.fbx.proxad.net)
Date: Thu 2 November 2006 10:59:25

J'ai oublié, "Psychanalyse ET pauvreté":
Le "et", exclusif ou inclusif?
merci
MB


Re: psychanalyse et pauvreté
Envoyé par: Marc Bonnet (---.fbx.proxad.net)
Date: Thu 2 November 2006 11:45:12

Pardonnez cette série… en morse.
Mais la question, l'amorce, n'est-elle pas depuis toujours:
"En vérité, quel discours pour faire lien social pour tous?"
Sans exclusive…
merci
MB


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